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« L’affaire Vargas », de Fernando Pessoa
mercredi 17 octobre

Il s’agit d’un roman-détective, c’est-à-dire que seule compte la trame policière, le reste n’est pas important et donc pas raconté. L’intrigue se focalise sur le mystère et sa résolution. Monsieur Vargas est retrouvé mort dans une rue du quartier lisboète de Benfica. Il avait dîné chez un ami, devait en retrouver un autre en pleine nuit, mais s’il a bien quitté le domicile du premier, il n’est jamais parvenu jusqu’au deuxième.

Les enquêteurs sont convaincus qu’il s’agit d’un suicide, mais le doute subsiste. Arrive donc à un moment de l’histoire l’Auguste Dupin de Pessoa, qui était un admirateur d’Edgar Allan Poe, en la personne d’Abilio Quaresma. C’est le déchiffreur des nouvelles policières de Fernando Pessoa, qui apparaît pour la première fois dans celle-ci, selon la préface que l’auteur avait rédigée pour présenter son recueil. Quaresma le déchiffreur procède uniquement intellectuellement. Il pose à plat tous les faits, et les recoupe de façon à faire éclater la vérité.
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La vie des Blogs
L’éducation d’un stoïcien, Fernando Pessoa
jeudi 9 décembre 2010
par AFAFP

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Des idées brusques, admirables, exprimés partiellement par des mots intensément adéquats, mais sans liens entre elles, demandant à être ensuite cousues ensemble et dressées, tels des monuments ; mais ma volonté ne les accompagnerait pas si elles devaient marcher du même pas de l’esthétique, et non pas demeurer à l’état de paragraphes d’un conte virtuel ; oui, rien que des lignes qui auraient l’air admirables mais qui, en fait, ne le seraient que si, tout autour, on avait écrit ce conte dont elles étaient des moments forts, des expressions synthétiques, des liaisons... Certaines de ces idées étaient des traits d’esprits, admirables certes, mais incompréhensibles sans, tout autour, le texte qui n’a jamais été écrit.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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La conduite rationnelle de la vie est impossible. L’intelligence ne donne pas de règle. Et j’ai compris alors ce qui se cache peut être dans le mythe de la Chute : l’œil de mon âme a été frappé, comme l’œil du corps peut l’être par l’éclair, par le sens terrible et véritable de cette tentation qui a poussé Adam à manger de l’Arbre dit de la science.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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J’ai imaginé un jour - c’était davantage une spéculation rêveuse qu’une conviction véritable - qu’il se pouvait fort bien, la vie étant la loi de toute chose, que la mort soit toujours le signe d’une intervention étrangère, et qu’on ne meurt jamais que de mort violente. Certaines morts sont clairement des morts violentes, et bien souvent, c’est nous-mêmes qui les provoquons ; d’autres morts, que nous qualifions de naturelles, seraient tout aussi violentes, mais auraient lieu sur l’intervention d’êtres imperceptibles à nos sens. Comme on voit des nations, en pleine décadence, ne prendre fin cependant que sous le coup d’invasions et de violences étrangères, de même nos vies ne prendraient fin que de cette façon. Le suicide lui-même - je suivais le fil logique de ma rêverie - pouvait obéir à une impulsion étrangère ; aucune vie ne se donnerait spontanément la mort, mais dans le suicide, elle déciderait sa mort du dehors, en se servant simplement d’elle-même.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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La conviction que toute thérapeutique de l’âme est parfaitement futile devrait, au contraire, m’élever jusqu’à des sommets d’indifférence, du haut desquels les agitations terrestres seraient occultées par le voile nébuleux de cette conviction. Malgré tout, si puissante que soit la pensée, elle ne peut rien contre la révolte de l’émotion. Il est impossible de ne pas sentir, comme il impossible de ne pas marcher. J’assiste donc, et j’ai toujours assisté (depuis que je ressens en éprouvant, autant que je me souvienne, les émotions les plus nobles) à la douleur, à l’injustice et à la misère qui règne dans le monde, comme un paralytique assistant à la noyade d’une personne que nul homme, même valide, ne pouvait sauver. La douleur des autres est devenu pour moi bien davantage qu’une seule et unique douleur : c’est celle de la voir, de la voir irréparable, et enfin de sentir que la savoir irréparable m’appauvrit encore cette noblesse inutile de vouloir agir pour lui apporter réparation. Mon absence d’élan a toujours été, en fin de compte, la source et l’origine de tous mes maux - ne pas savoir vouloir avant de penser, ne pas savoir me livrer, ne pas savoir décider de la seule façon dont on décide : avec la décision, et non avec l’intelligence -, âne de Buridan qui meurt sur la bissectrice mathématique séparant l’eau de l’émotion et la paille de l’effort, alors que, s’il ne pensait pas, il pourrait mourir sans doute, mais se ne serait ni de faim ni de soif.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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Ma vie entière se résume à une bataille perdue sur une carte ; ma lâcheté ne s’est même pas fait jour sur un champ de bataille, où d’ailleurs elle ne se serait peut-être pas manifestée, mais dans le cabinet du chef d’état-major, en tête à tête avec son intime conviction d’aller à la défaite. On n’a pas osé dresser de plan, parce qu’il aurait été de toute façon imparfait ; on n’a pas osé le rendre parfait, même s’il ne pouvait l’être réellement, parce que la conviction qu’il ne le serait jamais a brisé la volonté qui aurait permis à ce plan, même imparfait, d’être essayé malgré tout. Il ne m’est jamais venu à l’idée que ce plan, quoique imparfait, pouvait être plus parfait que celui de l’ennemi. Ni que mon ennemi véritable, victorieux contre moi depuis Dieu même, c’était précisément cette idée de perfection qui marchait contre moi, en tête de toutes les légions du monde, avant-garde tragique de toutes les armées de l’univers.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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Le scrupule est la mort de l’action. Se soucier de la sensibilité d’autrui, c’est être sûr de ne pas agir. Il n’est pas d’action, si minime soit-elle - et c’est d’autant plus vrai qu’elle est plus importante -, qui ne puisse blesser une autre âme, qui ne puisse peiner quelqu’un d’autre, et qui ne renferme pas d’éléments dont, si nous avons du cœur, nous n’ayons pas à nous repentir. J’ai pensé bien souvent que la vrai philosophie de l’ermite consiste davantage à éviter tout acte hostile, du simple fait de son existence, qu’à mettre en pratique une volonté délibérée de solitude.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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L’effort de jour en jour plus difficile, l’espoir de jour en jour plus lent à renaître, et la distance, entre ce que je suis et ce que j’avais cru pouvoir être, de jour en jour plus marquée, dans cette nuit de ma sévère futilité.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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J’étais devenu objectif envers moi-même. Mais je ne pouvais discerner si, ce faisant, je m’étais trouvé, ou bien perdu.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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[...] Ma fierté ne m’a jamais permis de rester en deçà des possibilités de mon intelligence. Je n’ai jamais pu accepter de moyen terme, ni une œuvre inférieur à toute ma personnalité et à mon ambition tout entière. Si j’avais reconnu dans mon intelligence une incapacité quelconque à réaliser une œuvre synthétique, j’aurais mis un frein à ma fierté, la considérant comme une folie. Mais cette déficience n’a jamais été le fait de mon intelligence, parfaitement capable de grandes synthèses et de systèmes puissants. Mon malheur a tenu à la faiblesse de ma volonté devant l’effort redoutable que cette exigence de totalité supposait.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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Le plaisir est bon pour les chiens, les plaintes pour les femmes ; l’homme ne possède, lui, de pleinement d’intime, d’inaliénable, que l’honneur ou le silence. J’ai ressenti cela, plus fortement que jamais, dans les flammes du poêle où j’en ai fini pour toujours avec mes manuscrits.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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Si un homme est lâche, il peut soit ne rien dire - ce qui est encore le mieux -, soir déclarer « Je suis un lâche », en usant du mot juste et brutal. Dans un cas, cet homme a l’avantage de la dignité, dans l’autre celui de la sincérité ; dans les deux cas, il échappera au comique : soit il n’a rien dit, et il n’y a donc rien dont on puisse rire ; soit il n’y a rien qu’on puisse découvrir, puisqu’il l’a révélé lui-même. Mais l’homme lâche qui éprouve le besoin de prouver qu’il ne l’est pas, ou d’assurer que sa lâcheté est universelle, ou encore d’avouer sa faiblesse, mais de façon confuse et métaphorique, qui ne voile ni ne dévoile, cet homme-là est ridicule pour l’opinion générale, et irritant pour l’intelligence.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa

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Tel le gladiateur - dans l’arène où l’a placé le destin, faisant d’un esclave un condamné -, je salue, sans que tremble le César qui se trouve peut-être dans ce cirque tout environné d’étoiles. Je salue de face, sans orgueil, car l’esclave ne serait en avoir ; sans joie non plus, car le condamné ne serait la feindre. Pourtant je salue, afin que ne manque pas à la loi un homme qu’aucune loi ne protège. Mais, après ce salut, j’enfonce dans ma poitrine le glaive qui ne doit pas servir en ce combat. Si le vaincu est celui qui meurt, et le vainqueur celui qui tue, alors en m’avouant vaincu, je m’institue vainqueur.

L’éducation d’un stoïcien - Fernando Pessoa


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