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mardi 10 juin
Statue de Camoes

Origines et jeunesse

La date et le lieu de sa naissance sont incertains, mais on estime qu’il est né aux environs de 1525 à Constância, près de Santarém, d’une famille d’origine galicienne d’abord fixée à Chaves, à Vilar de Nantes (pt), et ensuite à Coimbra, puis Lisbonne.

Son père était Simão Vaz de Camões et sa mère Ana de Sá Macedo. Par son père il serait descendant du troubadour galicien Vasco Pires de Camões, par sa mère, apparenté au navigateur Vasco de Gama.

Entre 1542 et 1545, il vécut à Lisbonne, délaissant les études pour fréquenter la cour de dom João III, où il se fit une renommée de poète. Il passa quelque temps à Coimbra où il dut avoir suivi les humanités, peut-être au monastère de Santa Cruz, où il avait un oncle prêtre, Dom Bénto de Camões. Cependant il n’a été retrouvé aucune trace d’un passage du poète à Coimbra, mais la culture raffinée qui ressort de ses écrits fait de la seule université du Portugal en ce temps-là l’endroit où il est le plus probable qu’il ait étudié.

Lié à la maison du comte de Linhares, dom Francisco de Noronha, et peut-être précepteur de son fils dom António, il le suivit à Ceuta en 1549 où il resta jusqu’en 1551.

Cela arrivait souvent dans la carrière militaire des jeunes, comme le rappelle l’élégie Aquela que de amor descomedido. Dans un combat, une flèche l’éborgna :

(...) Passant la longue mer, qui tant de fois Menace me fut de la vie chère ; Maintenant expérimentant la rare Furie de Mars qui sans attendre Dans les yeux voulut que je visse Et touchât son fruit acerbe, Et dans ce mien écu La peinture se verra de son infection.

De retour à Lisbonne, il ne tarda pas à renouer avec la vie de bohème. On lui prête plusieurs amours, non seulement avec des dames de la cour mais selon la légende, avec l’Infante en personne, Da. Maria, sœur du Roi D. Manuel Ier. Il serait tombé en disgrâce, au point d’être exilé à Constáncia. Il n’existe, cependant, pas le moindre fondement documentaire de cette histoire. Une autre légende lui attribue une vive passion pour une grande dame, la comtesse de Linhares, D. Violante de Andrade, ce qui l’aurait fait exiler à Santarém. Ce qui est certain c’est que le jour du « Corpo de Deus » (Corps de Dieu) de 1552, il blessa au cours d’un combat un certain Gonçalo Borges. Arrêté, il fut libéré par lettre royale de rémission le 7 mars 1553, et s’embarqua pour servir aux Indes dans la flotte de Fernão Álvares Cabral, le 24 du même mois. Orient

Il resta quelque temps à Goa, puis fut exilé en 1556 à Macao, pour avoir censuré le vice-roi dans une satire. Ce serait là, dans une grotte qui porte aujourd’hui son nom, qu’il composa le poème qui l’a immortalisé, Les Lusiades (ou Os Lusíadas), où il chante la gloire des Portugais (en latin lusitani), les exploits et les découvertes de Vasco de Gama. Au bout de cinq ans, rappelé de son exil, assailli par une tempête, il fit naufrage sur les côtes de la Cochinchine en retournant à Goa :

Tu vois, par le Cambodge, le fleuve Mékong, (...) Celui-là recevra, placide et large, Dans ses bras les Chants humides Du triste et misérable naufrage, Échappés des bas fonds tourmentés, De la faim, des grands périls, quand L’injuste commandement sera exécuté, Sur celui dont la lyre sonore Sera plus fameuse que fortunée.

(Chant X, 128 Lusiades’)

Dans ce désastre, sauvant de manière héroïque le manuscrit de son poème déjà bien avancé, sa compagne Dinamene célébrée dans de nombreux poèmes serait morte.

De retour à Goa, avant août 1560, il demanda la protection du Vice-Roi Dom Constantin de Bragance dans un long poème octosyllabique. Emprisonné pour dettes, il adressa une supplique en vers à son nouveau Vice-Roi, Dom Francisco Coutinho, pour sa libération.

En 1568 il retourna au Royaume, et fit escale dans l’île de Mozambique, où, deux ans plus tard, le chroniqueur Diogo do Couto, son ami, le rencontra comme il le racontera dans ses Décades (8ème), ajoutant que le poète était « si pauvre qu’il vivait des amis ». Il travaillait alors à la révision de son poème, et dans la composition du « Parnasse de Luis de Camões », avec poésie, philosophie et autres sciences », œuvre volée et jamais retrouvée.

Diogo do Couto lui paya le reste du voyage jusqu’à Lisbonne, où Camões arriva en 1570.

C’est en 1572 qu’il publia Les Lusiades1.

Il dédia son épopée au jeune roi Sébastien Ier qui lui accorda une petite pension qui lui permettrait de vivre, modestement, et 6 ans plus tard, à Lisbonne il assista au départ de l’armée du Portugal, avec en tête son propre roi Sébastien, pour le Maroc.

Il avait proposé d’être le chantre de cette guerre africaine mais Diogo Bernardes lui fut préféré. Cette expédition fut un désastre connu pour la Bataille des trois rois morts, ou d’Alcacèr Quibir (El Ksar el Quibir). Sébastien y trouva la mort ainsi que la fine fleur de la jeunesse portugaise. Après quoi quelques années plus tard le Portugal allait être rattaché à la couronne espagnole, et allait naître le mythe du retour du roi Sébastien, par une nuit de brume pour rendre au Portugal sa grandeur passée.

C’est ainsi que mourut Luis de Camões, cette même année 1580, peut-être dans une maison de Santana, à Lisbonne, ou bien misérablement dans un Hôpital, c’est selon, et avec lui l’âge d’or du Portugal, que son poème épique avait si bien chanté. Il aurait eu selon Almeida Garrett, ces derniers mots :

« Avec moi meurt le Portugal. »

Source

Appel au Portugal
samedi 5 janvier

Bonjour,

Nous vous remercions d’avoir mis sur votre site notre dernière création « INTERVALLE PERSONA » d’après l’oeuvre de Fernando Pessoa.

La résidence s’est achevée le 29 novembre, et 5 représentations ont eu lieu à Cherbourg dans la salle Vox de la scène nationale le Trident.

Nous aimerions emmener notre spectacle au Portugal, en sur-titrage,
et ne connaissant pas spécialement les lieux qui seraient susceptibles de nous accueillir,

Peut-être sauriez-vous nous aiguiller, nous guider dans nos recherches ?

Dans tous les cas, je vous souhaite de toute l’équipe Elan Bleu une très bonne année 2008.

Frédérique Braconnier
C.LʼE.B.[A.R.T.S] Compagnie LʼElan Bleu 61 rue de Lʼabbaye 50100 CHERBOURG OCTEVILLE Tél/Fax : 02.33.04.48.14

Pessoa - Le livre de l’intranquillité T2
Le livre de l’intranquillité peut être considéré comme le livre d’une vie
L’Or des livres
lundi 7 novembre 2011
par AFAFP

Un important héritage

Un écrivain ne crée jamais ex nihilo mais l’ampleur de l’héritage mérite d’être soulignée, le rapport spécifique au monde et à lui-même de Fernando Pessoa ayant sans doute été considérablement enrichi par sa lecture de Schopenhauer, un penseur ayant influencé nombre d’écrivains. Et Bernardo Soares, même si sa volonté de vivre s’exprime différemment, me paraît trop calqué sur le héros de Dostoïevski pour que cela ne relève que du hasard.

Schopenhauer

Le double de Pessoa, s’il « abrite en [lui] diverses philosophie » s’incarne ainsi largement dans celle du philosophe allemand, intégrant jusqu’aux contradictions de l’homme et de l’écrivain.

Bernardo Soares s’attaque d’abord comme lui à l’illusion rationaliste, à « la science objective » qui cherche « de l’extérieur » des lois organisant la « Nature ». Le monde entier n’est pour lui que la perception du sujet qui le perçoit et il affirme qu’ hors de soi-même on ne peut avoir aucune idée de ce qu’est le monde ni de la manière dont les autres le perçoivent. C’est donc en partant du moi qu’il explore les profondeurs de ce qui apparaît comme la « réalité » tant intérieure qu’extérieure et qu’il éclaire les illusions.

Et ce héros met également en évidence l’absurde, la vacuité et la répétition. Une absence de sens qui « pèse comme une condamnation infligée nous ne savons ni où, ni par qui, ni pourquoi ». Tout est le résultat d’une force qui nous dépasse que nous ne pourrons jamais comprendre , l’univers entier semblant obéir à cette puissance unique sans cause et sans but.

Certains passages, à quelque différence de vocabulaire près, paraissent tout droit sortis du Monde comme volonté et comme représentation :

« Pestes, tempêtes et batailles » sont ainsi présentées par le héros comme « le produit de la même force aveugle qui s’exerce tantôt grâce à des microbes inconscients, tantôt par le jeu de coups de foudre et de trombes d’eau, eux aussi inconscients, tantôt par le canal d’hommes tout aussi inconscient .Entre un tremblement de terre et un massacre [il] ne voit pas d’autre différence que dans un assassinat perpétré avec un couteau... » et « le monstre immanent aux choses utilise aussi bien (...) le mouvement d’un rocher dans les hauteurs que celui de la jalousie ou de la convoitise dans un coeur humain ». « Ainsi va le monde, tas de fumier de forces instinctives , qui brille malgré tout au soleil en tons pailletés d’or et de clair-obscur. »

Il n’y a de plus pour lui que « monotonie », « la morne identité des jours succède aux jours, la différence [est] absolument nulle entre hier et aujourd’hui ». Et de fustiger la nouveauté « cette vieillerie de éternellement nouveau ».

L’univers entier s’avère donc « une plaisanterie » et la vie une « futilité tragique » car cette absence de sens rend impossible l’exercice de la moindre influence sur quoi que ce soit, ce qui génère « une angoisse qui paraît déborder de ses propres limites », « un ennui proche de la folie » : « Tout est néant et dans ce néant notre douleur aussi ».

Et Pessoa, à travers son héros, affiche de manière récurrente mais non sans contradictions , un profond dégoût de la vie, « une lassitude anticipée de tous les désirs », « un dégoût anonyme de tous les sentiments ». La passion amoureuse n’est pour lui que l’effet de ce vouloir-vivre inconscient qui nous gouverne , elle « agite et fatigue » et n’est que « la plus charnelle des illusions ». « Mieux vaut donc cesser en nous mêmes de désirer et d’espérer ».

Face à « la brutalité de l’indifférence » , à l’ennui et la souffrance intrinsèque à la vie , il prône donc le « renoncement » : « Nier le monde, lui tourner le dos comme on se détourne d’un marécage » , cultivant « la haine de l’action comme une fleur de serre » et se flattant de sa « dissidence envers la vie. » .

Un renoncement plutôt paradoxal (5) qui ne va jamais jusqu’au suicide et s’accompagne d’une belle énergie, d’une belle vitalité à rêver et à écrire, à inventer et à créer, le rêve et l’écriture lui apportant de plus un plaisir certain car « personne ne peut être le roi du monde autrement qu’en rêve » et « la littérature est encore la manière la plus agréable d’ignorer la vie » ! Un renoncement qui s’inscrit plutôt comme le refus dédaigneux et quelque peu aristocratique des illusions courantes de la vie qui apportent au commun des mortels un bonheur dont ne peuvent se satisfaire les « esprits éclairés ». Ainsi les artistes, les poètes et les philosophes qui , comme lui, ont reçu du « destin » un don inné propre au génie les rendant plus sensibles , sont-ils capables de voir plus clair et d’approcher la vérité de plus près :

« Seuls les poètes et les philosophes possèdent une vision réaliste du monde parce que ceux-là seuls sont exempts d’illusions ».

Le rêve chez Pessoa - qui en a reçu le don -, tout comme l’art (6) dont il est le matériau, s’avère « une esquive à l’action » qui « tire de ce monde-ci » et console, permettant de résister à la souffrance , au manque de sens , et la littérature est de même pour lui une « tension vers la perfection » une perfection inaccessible à l’homme. Le rêve et l’art semblant ainsi assumer aussi une fonction métaphysique.

5) Contradiction dont le double de Pessoa est conscient : « Pourquoi écrire ? Parce que prêchant le renoncement , je n’ai jamais pu apprendre à le pratiquer entièrement »

6) Comme chez Schopenhauer, on retrouve une hierarchisation des arts et un statut à part accordé à la musique. Les degrés de cette hierarchisation sont exprimés chez Pessoa en fonction du rapport à la vie humaine, donc à l’illusion . Au bas de l’échelle, les arts vivants qui en procèdent directement, puis les arts visuels qui « ont recours à des formes visuelles, donc vitales »,humaines, la littérature préférant , elle, « simuler la vie ». Quant à la musique qui ne donne rien à voir , elle « s’éloigne de la vie » et n’a aucun rapport avec ce monde-ci...

Dostoïevski

Bernardo Soares, héros de roman double de Pessoa, apparaît également comme le double du héros des Carnets du sous-sol et tient tout comme lui une sorte de journal intime révélant un intense monologue intérieur sans concessions (celui de l’homme du souterrain, toutefois, a tendance à interpeler le lecteur).

Petit employé sans gloire ou modeste fonctionnaire, ces deux héros au physique insignifiant n’ont aucune ambition professionnelle (cette dernière « réduite à un vain orgueil » deviendrait « un fardeau ») mais s’estiment supérieurs à leurs collègues. Une supériorité tirée de leur lucidité extrême sur le monde et sur eux-mêmes qui en fait des « êtres supérieurs » se distinguant de la masse de l’humanité aveugle. Un orgueil indéniable et une volonté d’être libres qui ne peut se traduire que par un refus de toute dépendance : ils se démarquent des autres car ils sont exempts d’illusions et choisissent de n’être esclaves que d’eux-mêmes.

Ne pas être une simple touche de piano comme le héros de Dostoïevski , ne pas être répété « à des milliers d’exemplaires », s’extraire de « cet alignement d’êtres tellement quotidien », ne pas tomber sous la dépendance de l’autre , ne pas s’abandonner à l’amitié ni à l’amour. « Ne se soumettre à rien », « credo, ideal, femme ou métier (...) - autant de geôles et de fers ».

Bernardo Soares , comme l’homme du souterrain, vit dans la peur du regard de l’autre , dans la peur de « l’humiliation », de voir son « orgueil lapidé par des aveugles » : « Toujours préocuppé (...) par l’image physique, et même morale, qu’[il] peut donner de [lui] à ceux qui [le] voient et [le] regardent », il préfère s’enfoncer dans sa solitude, « au dedans de [lui]-même , dans le parc, clos de hautes murailles » - dans sons sous-sol pour le second -, « dans [sa] conscience de [lui]-même » . Au moins sont-ils ainsi « maîtres du monde » ,creusant en eux-mêmes avec cette lucidité qui leur donne le pouvoir de démasquer les illusions.

Et tous deux semblent s’adonner à une certaine jouissance masochiste , le double de Pessoa « goûte [ainsi] l’indécise volupté de l’échec, comme un malade épuisé attache le plus haut prix à la fièvre cloîtré » et , si le héros de Dostoïevski prend plaisir à humilier les autres, celui de Pessoa adopte à leur égard une attitude un peu condescendante, un aimable paternalisme...

Certes la tonalité diffère, une confession violente, sarcastique, agressive, chez Dostoïesvski, une divagation poétique à la dérision feutrée et aux accents parfois mystiques chez Pessoa mais, si chaque héros exprime sa rage de vivre différemment , l’un de manière négative en s’enfonçant délibérément dans l’abjection , l’autre en s’échappant dans le rêve, en s’ inventant autre et multiple, ils refusent tous deux le simulacre de la vie pour être plus vivants.

LISBONNE, une « adresse clef »

De 17 ans à sa mort, Pessoa n’a pratiquement pas quitté Lisbonne y passant les trente dernières années de sa vie, s’y déplaçant dans un espace si restreint qu’il pouvait le parcourir à pied . Peut-être cela explique-t-il en partie ce rapport singulier, charnel et parfois même mystique, qui s’est noué entre l’écrivain et sa ville, une ville qui semble une partie de lui-même et dont on sent intensément la présence tout au long du livre, une présence côtoyant le mystère.

On parcourt rarement la ville, les descriptions de Lisbonne, du monde extérieur, souvent faites de l’intérieur, semblent statiques, concentrées, les variations du climat apportant seules un mouvement, le tout confèrant à la ville une certaine étrangeté.

Au lecteur d’imaginer, de visualiser à partir de ce que Bernardo Soares, « penché à la fenêtre du monde » - celle du bureau où il travaille ou de sa chambre - perçoit ou aperçoit, à partir des sons et des silences qui lui parviennent (7), des infimes variations des bruits de la rue liées aux inflections climatiques qui lui permettent d’évoquer des paysages multiples.

A partir des ciels aussi , des ciels changeants, sombres ou lumineux, ensoleillés et colorés, orageux, nuageux ou pluvieux, des ciels propices à des échappées mystiques : « vaste ciel, ciel bleu, ciel proche du mystère des anges ».

Il semble y avoir une certaine porosité - parfois paradoxale - entre cette météo céleste lisboète et les états d’âme du héros :

« Démesuré, un silence livide pèse obscurément. A sa façon tout près d’ici, parmi l’errance rare et rapide des carrioles, un camion tonne - écho dérisoire, mécanique de ce qui se passe très réellement dans le lointain tout proche des cieux. »

« Et, penché à ma fenêtre, tandis que je savoure cette belle journée en contemplant les masses diverses de la ville étendue sous mes yeux - une seule pensée occupe mon âme : toute l’envie intime de mourir et d’en finir, de ne plus jamais voir de lumière sur aucune ville du monde ».

Et c’est tout naturellement que Pessoa décrit ses angoisses , ses sensations et ses émotions comme des paysages :

« Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d’exister , sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l’émotion en marées hautes ! »

7) Un peu comme dans le poème Fenêtres ouvertes de Victor Hugo , même si la forme diffère :http://www.toutelapoesie.com/poemes/hugo/fenetres_ouvertes.htm

Une prose qui se veut plus réelle que la vie

La littérature apparaît à Bernardo Soares comme un privilège accordé aux esprits supérieurs qui ne sont pas réduits « comme tous les pauvres diables » à n’avoir « d’autre littérature que leur âme, et qui meurent étouffés du seul fait d’exister ». Et si Le livre de l’intranquillité est écrit dans une prose magnifique son auteur en est pleinement conscient : « Ce que j’écris (...) est meilleur que ce que pourraient écrire les meilleurs poètes », affirme-t-il sans modestie. Presque érigée au même niveau que le rêve, la littérature est « effort vers la perfection » mais, cette perfection étant inaccessible, tout ce qu’il écrit « est infiniment au-dessous de ce (...)qu’ [il] pourrait ou, qui sait , devrait écrire . »

Le double de Pessoa écrit donc pour mettre en mots ses rêves éveillés, ses « rêves sans illusions » . Son écriture qui n’a rien d’onirique cherche à rendre « les demi-tons de la conscience » et la littérature qui simule la vie se doit d’être plus réelle, plus vivante que cette dernière.

L’auteur « sculpte mot par mot des phrases au galbe parfait » , il a le goût des images des « métaphores qui sont parfois plus réelles que les gens que l’on voit marcher dans la rue », et des phrases dont le son « rend exactement celui d’une chose possédant désormais une extériorité absolue et une âme à part entière ».

Pessoa analyse lui-même « son système stylistique » par la voix de son héros , un système reposant sur deux principes :

« dire ce que l’on éprouve exactement comme on l’éprouve - clairement si c’est clair, obscurément si c’est obscur , confusément si c’est confus, et bien comprendre que la grammaire n’est jamais qu’un outil et non pas une loi ». Si sa prose reste classique , elle sait en effet s’affranchir de la grammaire et on pourrait parler de prose libre, une prose qui se libère pour mieux dire, pour « écrire juste » et parler « dans l’absolu (...), loin de la platitude , de la norme du quotidien ». Les phrases sont longues mais bien des expressions montrent un « amour de la concision » et proposent de saisissants raccourcis. L’important pour l’auteur est de « photographier ce qu’il ressent » . Et, pour cela, il transforme souvent un verbe intransitif en verbe transitif (8) ou construit carrément un verbe nouveau (9). Il faut tordre ces verbes « antipathiques » qui donnent leur sens à la phrase « alors qu’une phrase honnête devrait toujours en posséder plusieurs ». De même, changer le genre d’un accord en accolant notamment un « adjectif au féminin (...) à un substantif masculin » (10) permet-il d’exprimer « parfaitement » ce qu’ils « veulent définir ».

8) « Je m’arrive » , « les jours que nous mourons en nous » , « je gis ma vie (Mes sensations ne sont qu ’une épitaphe (...) apposée sur ma vie morte »

9) « J’entresuis »

10) « une garçon »/ « cette confuse remue-ménage »

Avec son Livre de l’intranquilité, Fernando Pessoa nous grise de sa prose , tout comme Bernardo Soares s’en grise lui-même :

« Alcools des mots superbes, des longues phrases se déroulant en vagues dont la respiration se soulève à leur rythme , et se défont dans l’ironie de leurs serpents d’écume, dans la triste magnificence de leur pénombre. »

Et écrire semble pour lui le seul moyen d’exister en tentant d’affirmer une part de liberté :

« Plus avisés et plus heureux sont ceux qui, reconnaissant que tout est fiction , fabriquent le roman avant qu’on ne leur fabrique ... »

http://t1.gstatic.com/images ?q=tbn :ANd9GcQ5U0Mk99-AFjqYvv7mZimm57lnkhEGKOsEwbBld21xO33lnHrt9Q

Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares ( volume II), Fernando Pessoa, traduit du portugais par Françoise Laye, Christian Bourgeois éditeur, 1992

EXTRAITS :

68, p.74/75

Chaque fois que mes desseins se sont élevés, sous l’influence de mes rêves, au-dessus du niveau de ma vie quotidienne, et que, pour un instant, je me suis senti pourvu d’ailes, comme l’enfant en haut de sa balançoire - chaque fois j’ai dû, tout comme lui, redescendre au niveau du jardin public et reconnaître ma défaite, sans drapeau hissé pour la bataille, sans nulle épée que j’aurais eu la force de dégainer. Je suppose que la plupart des gens croisés au hasard des rues - je le remarque au mouvement muet des lèvres, à l’indécision vague des yeux, ou aux prières qu’ils élèvent bien haut, avec un bel ensemble - un même élan vers cette guerre inutile d’une armée sans bannières. Et eux tous - je me retourne pour contempler leur dos de pauvres gens, de vaincus - tous doivent connaître , comme moi, la grande, la sordide défaite, perdue dans la boue et les roseaux, mais sans la poésie des étangs, sans clair de lune pour en baigner les rives, - une défaite minable et boutiquière.

(...)

80, p.92

(...)

« Parce que j’ai la taille de ce que je vois,

Et non pas la taille de ma stature * »

Des phrases comme celle-là, qui semblent pousser toutes seules, sans être dictées, me lavent de toute la métaphysique que j’ajoute spontanément à la vie. Après les avoir lues, je m’en vais à ma fenêtre, qui donne sur une rue étroite, je regarde le vaste ciel et ses astres nombreux, et je me sens libre, porté par une splendeur ailée dont je sens la vibration frémir dans mon corps tout entier.

(...)

* citation d’un poème de Caeiro ( Fernando Pessoa)

97, p. 107/108

Lorsque les dernières gouttes de pluie ralentirent leur chute sur les toits, et que le milieu pavé de la chaussée se mit à refléter le lent bleuissement du ciel, le bruit des véhicules fit alors entendre un autre chant, plus fort et plus joyeux, et l’on entendit les fenêtres s’ouvrir sur le désoubli du soleil. Alors, au coin tout proche de la rue étroite, résonna le cri familier du premier vendeur de loterie, et les clous qu’on clouait sur les caisses de la boutique d’en face se répercutèrent dans l’espace limpide.

(...)

115, p.124

Je me cherche, sans me trouver. J’appartiens à des heures chrysanthèmes, aux lignes nettes dans l’étirement des vases. Il me faut faire de mon âme quelque chose de décoratif.

Je ne sais quels détails, par trop pompeux et recherchés, définissent ma tournure d’esprit. Mon goût pour l’ornemental vient, sans nul doute, de ce que j’y sens quelque chose d’identique à la substance de mon être.

219, p. 208/209

Etant donné que la vie est essentiellement un état mental, et que tout ce que nous faisons ou pensons n’a valeur à nos yeux que celle que nous lui attribuons nous-mêmes - la valorisation ne dépend que de nous. Le rêveur, en somme, est un fabricant de billets, et les billets qu’il émet ont cours dans la cité de son esprit tout comme ceux de la réalité. Que le papier-monnaie de mon âme ne soit pas convertible en or m’importe peu, puisqu’on ne trouve jamais d’or dans l’alchimie fictive de la vie. Après nous viendra le déluge - mais après nous seulement. (...) Source


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