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Méditations Impériales
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« Jai
duré des heures ignorées, des moments successifs sans liens
entre eux, au cours de la promenade que jai faite
une nuit au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes
les pensées qui ont fait vivre les hommes, toutes les émotions
que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon
esprit, tel un résumé obscur de lhistoire, au cours
de cette méditation cheminant au bord de la mer. »
Fernando Pessoa
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LEmpire , dans sa réalité prophétique,
nest pas lennemi des Pays. Une confusion subsiste
dans les esprits entre limpérialisme des grandes puissances
modernes et limpérialité, songe réalisé des poètes et
des fondateurs. LEurope économique, certes, nest
pas un Empire, pas davantage que la Banque centrale nest
une autorité, au sens métaphysique ou théurgique du terme.
Limpérialité réside dans le secret des Pays. Dans lEmpire,
le Pays réel est un sacramentum, cest-à-dire le signe
dune réalité cachée, lempreinte dun sceau
métaphysique. Ainsi le Mystère impérial que Pessoa évoque
dans son poème héraldique et ésotérique témoigne par analogie
et « réverbération » du Mystère de la France ; et
sans doute le moment est-il venu de sinterroger sur
la concordance philosophale du Mystère de la France, son secret
dor, tel quil court, depuis le Sacre de Reims,
dans la prédestination surnaturelle de la langue française,
de Scève et de Nerval, et le Mystère du Portugal, tel quil
culmine dans le Message de Fernando Pessoa. |
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Est-il
nécessaire de préciser que limpérialité poétique est
dun tout autre ordre que limpérialisme marchand
ou technocratique. Ce que luvre de Pessoa nous
dit de lEmpire est à la fois limpide et hors datteinte.
LEmpire est ésotérique, cest-à-dire intérieur.
Le poète est, dans
sa vocation la plus essentielle, messager dEmpire.
Son uvre est la subtile diplomatie qui unit le monde
sensible et le monde intelligible, les hauteurs et les profondeurs.
Alors que limpérialisme économique uniformise, limpérialité
poétique est la gardienne des singularités. Loin dimposer
une forme abstraite à des peuples de traditions diverses,
lEmpire révèle la diversité, la sauvegarde dans lampleur
de son propre accomplissement. Les frontières sacrées, les
royaumes, sont nécessaires à lEmpire. Sans ces frontières,
lEmpire seffondre sur lui-même, - et cela sest
vu. La philosophie impériale est la plus contraire qui se
puisse imaginer de lidéologie xénophobe. L impérialité
ne redoute point létranger, ne cherche point à le
faire disparaître ; elle en déploie le génie propre dans
lordre dun plus vaste dessein. LEmpire
poétique et métaphysique dont rêva Pessoa oppose au projet
duniformisation du monde moderne lidée dUnificence.
Nulle approche philosophique ne conviendra mieux à une vision
impériale que celle de Tradition primordiale, au sens guénonien,
ou dunité transcendante des religions, selon lintitulé
dun ouvrage magistral de F. Schuon. LEmpire
ne « tolère » point la diversité à la manière
des nos administrations modernes (le terme de « tolérance »
suggérant une réprobation implicite de cela même que lon
nous demande de tolérer). LEmpire exige la diversité.
Limpérialité est interprétation infinie de la diversité.
Lherméneutique alexandrine est la gnose impériale
par excellence. Loin dadministrer ou de planifier
le réel, comme létat-nation moderne qui est bien,
selon le mot de Nietzsche, « le plus froid des monstres
froids », lEmpire se veut linterprétation
du génie des peuples. A cet égard, les États-Unis sont lAnti-Empire
par fondation pour avoir établi leur « civilisation »
sur lextermination des peuples indiens. Le génie impérial
nest pas un génie « intégrateur » ou « tolérant »
qui prétend imposer le monde nouveau comme une délivrance
de lancien, mais une herméneutique respectueuse du
génie de la race, de la tradition et de limmémorial.
Limpérialité reçoit autant quelle donne. Poreuse,
elle magnifie dans la forme la plus achevée la substance
immanente quelle reçoit en héritage
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Quoiquelle
se fonde sur une vision pessimiste de la succession des âges
et de la rotation des castes, la Gnose impériale contient
cependant limmense promesse dun dépassement des
identités. Dépasser lidentité, ce nest point sombrer
dans linforme mais discerner la forme dans sa limite
de beauté par le consentement à dautres formes. Les
philosophies de Plotin, de Porphyre, de Proclus sont des méditations
impériales car elles supposent linterdépendance universelle,
qui fonde la loi des analogies et des correspondances. Il
faut dabord comprendre la Gnose impériale comme une
délivrance de la logique linéaire. La Gnose impériale opère
en mode rayonnant. La centralité, comme dans toute Monarchie
sacrée, préfigure les lignes de force. LEmpire est le
garant du respect mutuel
| L'Empire se veut l'interprétation du génie
des peuples |
que les peuples se doivent. Le centre est linstant méridien,
la conscience extatique de lensoleillement intérieur
du Logos-Roi ! Rien ne saurait être plus étranger à lIdée
dEmpire que la notion de progrès. Sinistre caricature
de la divine Providence, le progrès ne cesse de nous exiler
de nous-mêmes par une succession de répudiations, de spoliations,
doffenses et de profanations. Dans lidéologie
et la science progressiste, seul importe lavenir. Or,
lavenir nest nulle part, et cest pourquoi
les idéologies du progrès nous conduisent dans la plus atroce
soumission à la toute-puissance du nulle part, qui est le
néant et la mort. La Gnose impériale, au contraire, prend
le parti radical de lextrême fragilité de lêtre,
du sens, de lInstant comme centralité transcendante,
pôle immuable et ordonnateur, « moyeu immobile de la
roue » pour reprendre la définition que Tchouang-Tseu
donne du Tao. Point de fuite en avant mais retour à laxe
de tous les temps et de tous les espaces possibles et imaginables.
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Si
lEmpereur Julien fut enclin aux philosophies néoplatoniciennes
qui supposent le rayonnement de lIdée dans les hauteurs
et les profondeurs de lâme humaine, il nest guère
étonnant de voir les modernes exclusivement dévoués aux théories
déterministes qui expliquent le passé par le présent, et le
présent par lavenir selon une inversion devenue si habituelle
que son aberration ne choque plus le sens commun. Tel est
le principe bien
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L'avenir
n'est nulle part
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connu de lintoxication publicitaire selon lequel un
mensonge indéfiniment répété paraît devoir se substituer à
une vérité subtilement défendue. La raison dêtre de
lEmpire est précisément de nous délivrer de cette entropie
de linsignifiance, de cette destruction du Temps, du
nihilisme qui déconsidère le passé au nom dun présent
dont on va nier lexistence au nom dun pur néant
que lon adore et nomme « lavenir ».
Quelle
est la prémisse fondamentale de la Gnose impériale ?
Lidée simple, (mais dune profondeur vertigineuse
si lon sy attarde) dune présence de laquelle
naissent en tournoyant de nouvelles possibilités dexistence
dont chacune témoignera dans son propre centre de gravité
de la même impérieuse présence à elle-même. LEmpire
est lart dêtre là, dans la quaternité des hommes,
de la terre, du ciel et des dieux, alors que le monde moderne
dans son dédain de la tradition, de la mémoire et du passé,
et dans sa haine puritaine de la présence, sapplique
avec une méthode dune efficacité redoutable, à faire
disparaître lêtre et la présence, et à profaner la terre,
le ciel, les hommes et les dieux, avec ce génie malin que
Villiers de lIsle-Adam excella à décrire dans ses Contes
Cruels. Planifiant la réalité, selon les doctrines déterministes,
les modernes nont pas tardé, dans la foulée du positivisme
du XIXe siècle à tout réduire à des mécanismes. Limminent
clonage des êtres humains, les manipulations génétiques sont
laboutissement fatal de cette logique. |
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« Rien
na de sens, lhomme est une machine ». Ce
beau programme nihiliste est en passe de devenir la Norme,
modulée par la sacro-sainte Loi du marché. Cest ainsi
que le « progrès » voudrait quon ne larrête
point ! Pour sombres que soient les occurrences et pour consciente
quelle soit du désastre auquel nous livre le nihilisme,
la Gnose impériale nen incline pas pour autant à la
désespérance. La machinerie nihiliste mise en place, pour
imposante quelle paraisse dans ses conséquences, nintimide
que ceux qui lui sont préalablement dévoués.
À
celui qui retrouve en soi les sagesses lumineuses de la Gnose
impériale, la Norme profane paraît aussi abstraite quillusoire.
Ces retrouvailles avec la grande lumière intérieure sont une
grâce mais elles sont aussi, quelquefois, laboutissement
dune alchimie intérieure, telle que peut lopérer,
par exemple, un usage sapientiel de la lecture. Les grands
écrits impériaux et néoplatoniciens de la tradition occidentale,
agissent sur lentendement du lecteur à la manière du
feu de roue des adeptes de lart philosophal. Lire Proclus
ou Jamblique, cest réaliser en soi, lorsque la lecture
en est assez méditative, une translucidification de lentendement,
une mise-en-abîme de la destinée humaine qui nous délivre
du sens même du destin pour atteindre, par lintervention
impérieuse de la verticalité, à une crucifixion de la conscience
dans la plénitude. Le feu de roue des alchimistes est la croix
tournante, cela même que Raymond Abellio nommera, dans ses
audacieuses spéculations, la Structure Absolue.
Sans
doute commençons-nous à entrevoir en quoi limpérialité
des poètes quévoque Pessoa est loin du colonialisme
des modernes. Le colonialisme, il faudrait être de bien mauvaise
foi pour ne pas comprendre quil fut dabord une
tentative de mondialisation du monde moderne, une destruction
minutieusement planifiée du sacré, une volonté concertée dabolir
les hiérarchies traditionnelles partout où elles subsistaient
encore quelque peu, dans les chamanismes, les éthiques chevaleresques
ou guerrières, les arts de livresse
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L'Empire est l'art d'être
là, dans la quaternité des hommes, de
la terre, du ciel et des cieux
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et de la vision. Tout cela, le colonialisme projeta, et parvint
dans une large mesure, à en venir à bout pour imposer un utilitarisme
forcené, dissimulé derrière une morale « biblique »
édulcorée et une liturgie religieuse réduite à la plus extrême
indigence. Là où Pessoa voit dans lEmpire une célébration
de toutes les formes de sacré et un enracinement dans les
traditions les plus anciennes, jusquà préfigurer le
réveil des dieux antérieurs, le colonialisme instaura larrogance
uniformisatrice du médiocre, la soumission du riche patrimoine
imaginaire de lhumanité à lidolâtrie de la technique,
qui revient en premier et en dernier lieu à la passivité de
lhomme devant la machine quil croit gouverner
mais dont il dépend de plus en plus et à laquelle il sacrifie
à la fois le monde extérieur et le monde intérieur.
LEmpire
tel quy songea Pessoa, tel que le père Vieira le prophétisa,
sera avant tout lEmpire de la rencontre entre le monde
intérieur et le monde extérieur. Empire daprès la modernité
séparatrice, Empire daprès les Empires et daprès
la disparition des Empires, le Sébastianisme de Pessoa, loin
dapparaître
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Le Sébastianisme de Pessoa,
est la recouvance, en nous, de l'approfondissement
du mystère de la présence
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comme une nostalgie ou une utopie est la recouvrance, en nous,
de lapprofondissement du mystère de la présence. LUtopie
et la nostalgie entraînent la pensée vers de fausses alternatives
et de nouvelles divisions. LUtopie et la nostalgie nous
enjoignent à lexclusive, à la négation de limmédiate
efflorescence de la beauté du monde, lors que lidée
impériale est dabord lillustration de la présence,
cest-à-dire lépiphanie par excellence du reflet
du soleil sur la table des eaux. Si le colonialisme multiplie
les effets néfastes de lexil, exilant les soi-disant
« conquérants » et faisant de la terre des colonisés
une terre étrangère pour les natifs eux-mêmes, le dessein
impérial sera, à lopposé, de multiplier les raisons
dêtre là, dêtre reliés par de profuses arborescences
de signes et de Symboles.
Lhomme
dEmpire est partout chez lui alors que le colonial ne
lest nulle part, lui qui déracine de force ceux-là qui
appartenaient à la terre quil sapproprie indûment.
Là où lEmpire instaure dans le monde intérieur comme
dans le monde extérieur, la quaternité de la terre, du ciel,
des hommes et des dieux, le colonialisme moderne chasse les
hommes de leur terre, et les dieux de leurs ciels. Et les
dieux émigrent, comme des peuples dont la dignité est menacée...
LEmpire, tel que linvente Pessoa dans lAthanor
philosophal de son secret dor, invoquera la phalange
des dieux reniés, bafoués, persécutés jusque dans leurs célestes
émigrations, pour quils reviennent. Pessoa - avec ses
hétéronymes qui sont autant de figures nécessaires de la multiplicité
des états dêtre et de conscience dont lEmpire
est le Symbole -, écrit loraison du Retour de la grande
Ode inaugurale du recommencement de lêtre, à partir
de limpression la plus fragile, de lidée révélée
à la pointe la plus subtile du style, dans son irréfutable
éclat. Tout, pour Fernando Pessoa, recommence dans ce Portugal
dont les songeries crépusculaires, la Saudade, et les grandes
empreintes de Vasco de Gama, surent garder, sous les feuillages
dombre violette et noire du sentiment de déréliction,
limminente pointe du pressentiment extrême du Retour.
Tout
doit recommencer là où tout se défait. Tout revient au jour
dans le basculement de la nuit prophétique que connaissent
ceux qui veillent à Lisbonne jusquau point du jour dans
livresse des fêtes et des rencontres. La Gnose impériale
dont luvre de Pessoa est le corpus majeur, fleurit
au point du jour, dans la brume dune ivresse et dune
mélancolie qui sattarde encore sur le Fleuve, lorsque
tout a déjà changé. LApocalypse saccomplit dans
la douceur, dans le silence, à la pointe du jour impérial,
apocalypse légère, « venue sur des pattes de colombe »
eût dit le Solitaire dEngadine... Que lon nattende
point lEmpire dans le fracas ostentatoire des batailles,
dans loutrance machinique, dans le titanisme banal des
peuples soulevés. LEmpire, nous prophétise la grande
âme du Portugal, par lentremise de ses poètes, vient
sur la barque légère dun seul Roi, dans limperceptible
glissement entre la nuit qui sachève et le jour qui
sannonce. Comment comprendre cela si lon ne comprend
pas que le retour des dieux est le signe de la défaite des
Titans ? Les dieux viennent avec limperceptible
glissement, à la pointe du jour, les dieux viennent avec lEmpire
qui est en nous, et en dehors de nous, le sens de la grandeur.
Revenir
à la grandeur, cest quitter loppression de la
petitesse et la tyrannie, plus terrible encore, de la mesquinerie.
Etre fidèle à
limpérialité, cest voir le monde en grand. Est-ce
ingénuité ou savante lucidité ? Lune et lautre,
car dans la juste vision saccordent les intuitions enfantines
et les pertinentes considérations du savant. Lenfant
qui discerne la grandeur dans linfime, qui voit une
journée dété comme une éternité octroyée par les dieux
se trompe-t-il ? Le sens de la grandeur néchappe
quà ceux qui ne sont ni ingénus, ni savants, qui nappartiennent
plus ni à lenfance ni à la sagesse. Le génie poétique
de Fernando Pessoa nous donne le sens de la grandeur car la
grande poésie est toujours enfantine et savante, extrême immédiateté
et comble de lart, cest-à-dire paradoxe incarné,
comme le sont, ici-bas, toutes les choses belles et sacrées.
LEmpire pose les êtres et les choses dans lampleur.
Lespace délivre. LEmpire, et surtout lorsquil
fait face au Grand Large, nous délivre par ladvenue
permanente du Dire des dieux sous les atours de lécume
scintillante. Lâme odysséenne est une âme impériale,
elle porte en elle, avec le périple dUlysse, le secret
de la passation des pouvoirs qui viennent, de vague en vague,
depuis la nuit des temps jusquà la pointe impériale
du Jour.
Comment
ne pas être enfermé dans une identité ? Comment ne pas
succomber à la démoralisation de la vie quotidienne, comment
défier la mesquinerie des intérêts, la dictature des majorités
ou des minorités dont lexistence est toute entière réglée
par la production et la reproduction ? Comment relever
le défi que nous propose le ressouvenir du sens de la grandeur,
cette anamnesis platonicienne qui nous bouleverse sur « le
Quai antérieur et divin » de lOde Maritime ?
Comment ne pas oublier, dans lusure du Temps, que toute
vie digne dêtre vécue est une Ode maritime, un chant
face au Grand-Large ?
La
Gnose impériale que Fernando Pessoa instruit à travers ses
uvres répond magistralement à ces questions. Notre identité,
ou ce que lon voudra nous faire prendre pour tel, est
un pur mensonge. Elle nexiste que pour que nous nous
interdisions à nous-mêmes la vie magnifique qui est la vie
naturellement accordée au génie de lEmpire. Lampleur
impériale déjoue les complots de réduction de lêtre-là
à lidentité.
Dans la perspective de la Gnose impériale, le monde intérieur
et le monde extérieur sont trop grands pour être réductibles
à lidentité et à lhistoire. Par-delà lidentité
humaine sont les identités divines et les fastueux enseignements
des Métamorphoses. Par-delà lhistoire sont les Symboles
et lhistoire finit toujours par obéir aux Symboles.
Le mode dampleur qui est propre à la logique impériale
laisse aux changements détats dont il est question dans
les Épopées et les récits initiatiques, la latitude et la
longitude nécessaires aux réalisations les plus intenses.
La Structure absolue abellienne sut mettre en évidence la
nécessaire implication réciproque de lampleur et de
lintensité. Sans intensité, point dampleur, et
sans ampleur, lintensité, ne disposant plus des lointaines
forces convergentes nécessaires à la culmination, disparaît
de la vie extérieure et de la vie intérieure.
La
Gnose impériale est la connaissance de lintensité par
la mpleur, de la fine pointe par le grand espace. La
vastitude est le déploiement de la fine pointe. Lintensité
de la seconde
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Le retour des Dieux est le signe
de la défaite des Titans
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vécue dans laccomplissement de sa plus grande beauté
contient en elle la grandeur impériale qui la rend possible.
Rien nest moins abstrait car la plus grande intensité
signe notre présence au monde. Lintensité que lampleur
impériale nous octroie est le signe de notre réintégration
dans lêtre. Linstant intense est linstant
de notre plus grande présence au monde, mais cette prescience
est impossible sans la vaste présence de lEmpire qui
allège notre existence de la dictature du Démos et de la médiocrité,
de cette « société du spectacle », pour reprendre
lexpression de Guy Debord, qui éloigne toute chose dans
une représentation. Comment ne pas voir que les formes les
plus modernes du colonialisme apparaissent désormais comme
des stratégies déloignement du monde dans des représentations
de plus en plus dérisoires ?
LEmpire
de la présence contre le colonialisme des représentations,
dans la présence la plus ardente de notre conscience, cest
aux poètes que nous le devrons - de Virgile à Pessoa ! Sur
les rives du Tage, au détour du Livre de l'intranquillité,
dans le feu clair et les couleurs héraldiques de la seconde
messagère saisie au vol de notre conscience immémoriale dêtre,
notre méditation impériale nous portera dans la clarté de
plus en plus grande du Jour qui vient comme lultime
et première promesse européenne.
Luc-Olivier d'Algange |
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