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Les Icônes de la Sagesse divine

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Les Icônes de la Sagesse Divine

L'Empire Androgyne

Le Cartulaire Héraldique

          Sans doute sommes-nous fondés à voir dans l’intelligence analogique qui, précise Pessoa, « n’a aucun nom particulier » une exigence de la poésie en tant que moyen de connaissance et imagination créatrice, pour reprendre l’expression rendue célèbre par les magistrales études de Henry Corbin sur Ibn’Arabi, Sohrawardî ou Ruzbehan de Shîraz. L’imagination créatrice, on le sait, est cet espace médiateur entre le sensible et l’intelligible, entre la multiple splendeur du monde sensible et l’unificente clarté des Idées, où s’inscrivent les Signes, les Symboles, les silhouettes ou les Icônes de la Sagesse divine.
          Car l’Idée est avant tout une chose vue dans le matin profond et les promesses de l’intelligence « qui n’a encore aucun nom particulier » ; elle advient comme un scintillement sur la surface des eaux, comme une vision que l’on reconnaît, l’expérience visionnaire n’étant rien d’autre que le moment de la plus haute intensité, dans l’épopée de la réminiscence.
          A l’exemple des poètes-philosophes néoplatoniciens, tels que Jamblique ou l’Empereur Julien, Fernando Pessoa ne juge point exclusives l’une de l’autre
La perfection de l'œuvre spirituelle est l'exacte correspondance entre l'intérieur et l'extérieur.
Pessoa
la réflexion philosophique et l’expérience visionnaire. Tout au contraire, il entreprend d’éclairer l’une par l’autre afin de retrouver, en amont, l’expérience originelle de la pensée, l’ingénuité primitive de l’accord parfait, d’une sagesse qui, dans sa plénitude, renonce à s’affirmer pour telle.
          « Lorsque viendra le Printemps, écrit Alberto Caiero, si je suis déjà mort, les fleurs fleuriront de la même façon, et les arbres ne seront pas moins verts qu’au Printemps passé. »           De l’arbre généalogique des hétéronymes de Fernando Pessoa, Alberto Caiero serait en quelque sorte le tronc. De lui se réclament l’érudit et subtil Ricardo Reis et le sauvage et futuriste Alvaro de Campos.
          D’Alberto Caeiro à Alvaro de Campos, la distance est la même que celle qui sépare Héraclite et Proclus, le pré-socratique et le néoplatonicien, le « découvreur de la nature » et le chantre de la violence ultimiste, gnostique païen aspirant sans doute à la même « innocence des sens », pour reprendre l’expression de Nietzsche, mais devant, pour l’atteindre, passer par toutes les outrances de la révolte, de l’imprécation et de l’apostasie.
          En ce sens Alvaro de Campos est plus proche de nous. Son inquiétude et son tumulte sont davantage à notre ressemblance que la sérénité de Caeiro, infiniment désirée mais perdue comme sont perdus pour nous, « affreusement perdus », l’Age d’Or dont parlait Hésiode et la silencieuse enfance, et l’Empire, cet idéal androgyne.

Luc-Olivier d'Algange
 
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